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Jivamukti Focus of the Month

Les secrets que nous gardons en nous

YS 1.11 - Anubhūta visayāsampramosah smritih

La mémoire (Smrti) est l’évocation ou la conservation d’expériences passées.

Les Yoga Sūtras de Patanjali par Shri Brahmananda Sarasvati

Les raisons qui nous poussent à garder un secret – un souvenir ou un savoir gardé et non-dit – sont nombreuses: surprendre un être cher, ne pas blesser les sentiments d’autrui; nous gardons des secrets par peur, fierté ou embarras. Ce sont les secrets dont nous avons conscience. Ils sont souvent silencieux et refont surface à la suite d’un élément déclencheur ou un rappel qui peut prendre la forme d’une odeur, d’une vision, d’un son, d’une texture.

Il y a aussi ces secrets que nous gardons sans en avoir conscience. Des secrets inconnus qui se cachent profondément enfouis dans les cellules de notre corps: des souvenirs d’avant nos souvenirs conscients, des souvenirs dont le sens est trop difficile ou trop subtil pour que nous puissions les comprendre et leur donner une signification, des souvenirs non enregistrés par le cerveau conscient du fait d’un traumatisme; Les souvenirs et samskaras (impressions du passé) laissent des traces subtiles et affectent inconsciemment nos habitudes, perceptions de soi, attentes ou dispositions.

La neuroscience montre que, lors d’un événement traumatique, les parties de notre cerveau liées à la formation des souvenirs et du discours se mettent en pause. C’est une forme de protection, que nous appelons parfois « mémoire sélective». Nos corps, cependant, se souviennent de tout, de sorte que la stimulation de nos sens active ces souvenirs cachés qui peuvent faire apparaître des images, ou juste affecter notre humeur et notre système nerveux, nous rendant anxieux, en colère, effrayés ou tristes sans explication au niveau conscient.

L’intéroception est la capacité du cerveau à détecter l’état interne du corps et à prendre conscience de ses sentiments et besoins. La prise de conscience intéroceptive crée une voie permettant aux secrets d’être communiqués, reçus et compris par notre esprit afin qu’ils puissent ensuite être traités et / ou libérés. Les outils les plus essentiels pour y arriver sont le mouvement et la respiration, les asanas et le pranayama. Grâce à eux, des souvenirs enfouis apparaissent, idéalement dans l’espace sécurisé de notre pratique du yoga, afin que nous puissions travailler dessus et nous libérer de ces impressions.

Chaque partie de notre corps contient des messages et sentiments qui lui sont propres: on dit que – les hanches cachent la peur, l’anxiété et la tristesse ou tout moment qui s’y rapporte; les épaules, «portant le poids du monde», stockent l’impossibilité de nous laisser aller et de porter nos fardeaux; le bas du dos garde notre culpabilité et nos sentiments refoulés; les genoux sont les articulations de l’ego et de l’orgueil, de l’incapacité de se plier; tandis que la douleur au cou témoigne d’un entêtement, refusant de voir l’autre côté de l’histoire. Les chakras sont des clés pour comprendre notre monde relationnel. Lorsque les roues tournent, elles laissent couler l’énergie et quand elles ne le font pas, celle-ci est bloquée. Un souvenir peut être perceptible dans la douleur d’une partie du corps ou dans un chakra bloqué, et peut également être libéré par son mouvement.

Dans le cadre de la guérison d’un traumatisme, du sevrage d’une dépendances ou du traitement de troubles de l’humeur tels que la dépression ou l’anxiété, le yoga permet à celui qui le pratique de renouer avec un corps dont il s’est souvent déconnecté. C’est une occasion de rétablir la confiance qui a été brisée quand le corps n’a pas su protéger au moment d’un accident ou d’un abus, ou lorsqu’il n’a pas prévenu d’une maladie. Les souvenirs refoulés, la méfiance à l’égard de soi-même et du monde qui nous entoure peuvent refaire surface, ouvrant la voie à la récupération, au nettoyage et permettant d’aller de l’avant. Le yoga peut nous offrir une prise de conscience que nous sommes capables de savoir ce dont nous avons besoin, et que nous avons les outils pour nous l’accorder.

Beaucoup d’entre nous ont pris un cours de yoga et ont ressenti de manière inattendue des émotions se manifestant sous forme de colère, de stress, de tristesse ou de bonheur. Nous n’avons souvent pas besoin d’avoir subi un événement traumatisant pour éprouver une déconnexion vis à vis de notre corps. Pour beaucoup d’entre nous, lorsque nous commençons notre parcours dans le yoga, des instructions simples telles que «pied droit en avant» ou «lier le bras gauche autour de la cuisse droite» peuvent ressembler à des équations mathématiques pour se rendre sur la lune. Se

familiariser avec nos mains, nos pieds ou nos hanches est la première étape pour ouvrir les lignes de communication avec le corps, les émotions, et les souvenirs qu’il enregistre.

Le yoga est cet ami qui s’assoit à côté de vous quand vous avez un secret et vous ne pouvez pas vous empêcher de le lui dire. Le yoga est cet ami qui aide à donner un sens à tout.

Teaching Tips

  1. Teach classes that work on specific parts of the body such as hips, lower back, shoulders and explain the meaning behind the stored up memories, feelings and emotions in those areas.
  2. Work with the chakras and explain the relationship that is relevant to each area of the body.
  3. Teach strict vinyasa so that students can go within by using breath and movement as tools to create space for interoception. 
  4. Allow for some time in class to hold an asana for longer period of time so deep-seated tension can dissipate.
  5. Use breath awareness and/or pranayama to create connection between body and mind and have an effect on the body’s neurophysiology.

 

Additional Information that may be useful:

According to researchers at the Justice Resource Institute, in order to reduce the chances of retraumatization, it is advised to respect a student’s needs or preference to not receive assists, practice near the door or keep the eyes open during savasana. 

Dan Siegel’s “window of tolerance” is a useful tool when working with students with mood disorders such as depression and anxiety. This theory says that it is best to meet students where they are and bring them to the window of tolerance – meet students suffering from anxiety or stress in an active mode through sun salutations and gradually bring them to a calmer practice, and meet student suffering from depression at a child’s pose and gradually bring them to a more active and strengthening practice.  The window of tolerance is that balanced emotional and physical state where hyper and hypo arousal, anxiety and depression or rajasic and tamasic states, are neither extreme nor long lasting, and where we are able to self regulate. 

 

Tips for Empathy:

As yoga teachers, unless we are qualified therapists, our best tool to help our students is the tool of empathy. Empathy techniques aim to make the speaker feel heard and seen. For this it is recommended to listen attentively, to repeat what they say with same or similar sentences, or to use responses such as “I see that made you feel sad, or angry” giving a name to their feeling.  In empathy work, it is best to not give solutions nor to share comparable personal experience. 

Recommended Reading:

Bessel van der Kolk – The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma

David Emerson – Trauma Sensitive Yoga in Therapy – Bringing the Body into Treatment