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Jivamukti Focus of the Month

Mauna (le silence) est d’or

ज्ञानम् आनन्दम् ब्रह्म Satyam Jnānam Ānandam Brahma

Vérité, Connaissance, Béatitude, Absolu.

Le livre de chant Jivamukti. Page 4. Verset 8.

On estime que nous prononçons en moyenne 16 000 mots par jour.¹ Wow! Ca en fait beaucoup! Combien de ces mots sont dits avec intention, sincérité et compassion?

À quoi pourrait ressembler notre sadhana (pratique spirituelle) si nous faisions un vœu de silence de temps en temps? Ce fut la pratique quotidienne de Swāmī Nirmalānanda (premier gourou de Sharon et David) qui, pendant 11 ans, n’a pas dit un mot. Le « Swami anarchique » canalisait plutôt l’énergie qu’il économisait dans l’écriture de lettres, en tant que Maunī, pour répandre son message de paix et de non-violence aux dirigeants politiques du monde entier.

Le mauna est une pratique sacrée qui consiste à limiter le discours, à être intentionnellement silencieux. C’est une discipline qui peut faire surgir des expériences spirituelles, généralement caractérisées par le calme de l’esprit, et une réceptivité accrue au son. Tout comme l’eau plate d’un
lac reflète les choses telles qu’elles sont, l’effet apaisant du silence nous aide à voir les choses plus clairement, et, par conséquent, être en relation plus profonde avec nous-mêmes et ceux qui nous entourent.

Pour pratiquer le mauna, nous pouvons commencer par tout simplement s’abstenir de parler. Plus tard, la pratique peut même évoluer vers une abstinence de la lecture, de l’écriture et du contact visuel avec les autres; menant finalement à une pratique d’activité minimale, mais consciente. Au cours ce processus, quelques tendances remontent à la surface. Pour commencer vous remarquerez peut-être votre tendance à vouloir vous distraire – le désir de vérifier votre téléphone, de prendre un livre ou même de noyer le “Silence” avec de la musique. Avant d’agir en suivant ces impulsions, pouvez-vous les observer/en prendre conscience?

 La raison pour laquelle ces impulsions ou désirs sont amplifiés pendant la pratique du Mauna, c’est parce que notre Citta Vṛtti (activité de l’esprit) se fait soudainement connaître. On estime que nous avons des dizaines de milliers de pensées par jour, mais c’est seulement par absence de distractions que nous prenons conscience de leur présence. Lorsque nous devenons témoin (Sākṣī) de nos pensées, nous sommes dans l’observation plutôt que dans la réaction. Idem quand nous sommes témoin d’une conversation sans ressentir le besoin de faire de commentaires. Donner tout simplement aux autres la possibilité de parler peut apporter beaucoup de modestie. Alan Watts décrit le vrai silence comme étant le moment où « nous arrêtons de penser et vivons l’expérience de la réalité telle qu’elle est. Car après tout, si je parle tout le temps, je ne peux pas entendre ce que les autres ont à dire! ”. Nous ne pouvons pas écouter quand nous sommes pleins; le vide laisse de la place à la résonance. C’est quand on est vide que nous pouvons entendre, ce que le Māndūkya Upaniṣad décrit comme le son qui suit OM; ce que les bouddhistes appellent «le vide».

Le silence est généralement défini comme l’absence de son, mais les physiciens défendraient l’idée que le vrai silence n’existe pas. Les perturbations anthropologiques dues
à la pollution sonore excessive du monde moderne ont conduit le spécialiste de l’écologie acoustique, Gordon Hempton, à déduire que le silence est sur le point de disparaitre.

Si nous observons attentivement la nature, nous pouvons nous rendre compte qu’elle a beaucoup à dire, et  qu’elle communique de la même manière que nous. En 2014, le militant australien James Aspey, végétalien, est resté «sans voix» pendant toute une année. Il a brisé son silence à la télévision nationale et il a expliqué son acte – sensibiliser en faveur de la cause animale; « J’ai décidé de rester
sans voix en pensant qu’ils sont sans voix. Mais j’ai réalisé qu’ils ne sont pas vraiment sans voix; ils pleurent de douleur, ils hurlent de terreur et quand ils le font, c’est leur voix qu’ils utilisent  pour nous dire qu’ils souffrent. Mais le problème, c’est que nous n’écoutons pas »

Nous pouvons peut-être interpréter le silence comme une présence, une occasion de se poser avec l’autrui, avec soi-même ou avec la nature et écouter ce qui est a dire dit.

Au niveau des interactions entre les êtres-humains, la plupart des communications ne se font pas uniquement verbalement. Il paraîtrait même que, dans la plupart de nos échanges, les mots ne représentent qu’un faible pourcentage de notre communication réelle, alors que le langage corporel et le ton de la voix en représentent beaucoup plus. Pouvons-nous appliquer ce concept aux animaux et à d’autres aspects de la nature?

Etre silencieux ne veut pas dire devenir un spectateur passif, mais cela implique plutôt un processus par lequel nous observons la réalité et choisissons consciemment notre façon de réagir face au monde qui nous entoure. Swāmī Nirmalānanda, bien qu’il ait pratiqué le mauna pendant plus d’une décennie, n’est pas resté silencieux à propos des injustices dans le monde, dont il a été témoin.

Que tous connaissent la paix intérieure et extérieure en trouvant l’équilibre entre les mots-dits et le non-dit.

Que tous connaissent la Vérité, la Béatitude et fassent l’expérience de l’Absolu.

¹Science – 06 juil. 2007: Vol. 317, numéro 5834, p. 82

Teaching Tips

  1. Mettez-vous au défi en tant qu’enseignant en pesant ce que vous avez vraiment besoin de dire. Combien de Dharma(s) avez-vous besoin d’offrir? Pouvez-vous simplifier vos instructions pendant le cours? Si vous remarquez des moments ou les paroles ne font que remplir l’espace, pouvez vous les éviter? Remarquez en l’effet sur votre classe.
  2. Amenez des moments de silence dans votre classe, par exemple en salamba sarvangāsana, śavāsana etc… Laissez une période de silence après un chant de kirtan. Enseignez tout un cours sans musique.
  3. Encouragez les élèves à explorer la pratique du silence par le biais de « séances silencieuses» auto-imposées, pour voir à quel point ils peuvent devenir sensibles aux autres et au monde qui les entoure. Commencez avec des périodes plutôt courtes avec juste l’absence de paroles. Puis faites la transition au cours du mois, avec des séances sans lecture, ni écrit, pour éventuellement arriver a la possibilité de s’assoir en silence / prendre des repas silencieux, etc.
  4. Prévoyez du temps pour des méditations plus longues. Essayez une méditation en marchant.
  5. Lecture de la littérature de Swāmī Nirmalānanda et Thich Nhat Hanh
  6. Explorez le travail du spécialiste de l’écologie acoustique Gordon Hempton (www.soundtracker.com)